Félix Tshisekedi a été désigné vainqueur de l’élection présidentielle en République démocratique du Congo ce jeudi, mais sa victoire a été aussitôt contestée par une partie de l’opposition et mise en doute par la France.

Cette élection était présentée comme la première transition démocratique depuis l’indépendance de la République démocratique du Congo (RDC) en 1960. Après 17 années de présidence de Joseph Kabila, Félix Tshisekedi a été déclaré vainqueurdans la nuit de mercredi à jeudi, un résultat aussitôt contestée par une partie de l’opposition et par l’Église, et déjà marquée par le sang. Éléments de portrait de cette figure de l’opposition:

Le fils d’un opposant emblématique

«Étienne Tshisekedi s’est montré très sceptique vis-à-vis des capacités de son fils»

Albert Moleka, ancien chef de cabinet d’Étienne Tshisekedi

Félix Tshisekedi est le fils d’Étienne Tshisekedi, surnommé «le Sphynx», et opposant historique au Maréchal Mobutu qui dirigea la RDC entre 1965 et 1997. À sa mort le 1er février 2017, Félix reprend les rênes du parti fondé par son père, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS). Il bénéficie auprès de la base électorale de l’aura de son père – dont il s’engage à rapatrier le corps de Belgique – mais qui ne l’a jamais officiellement désigné comme successeur. «Étienne Tshisekedi s’est montré très sceptique vis-à-vis des capacités de son fils. Il était très exigeant», explique à la BBC Albert Moleka, l’ancien chef de cabinet du défunt leader. «C’était quelqu’un qui s’est battu pour le peuple et il n’allait pas donner un laissez-passer à son fils». À 55 ans, Félix se place dans les pas de son père, dont il a d’ailleurs adopté la casquette de golfeur. «Je n’ai aucune ambition de rivaliser avec mon père car c’est mon maître», déclarait-il à sa mort.

● Un vrai exil en Belgique et de faux diplômes bruxellois

Lorsque son père créé l’UDPS en 1982 et invite le multipartisme dans la politique congolaise, la famille Tshisekedi est contrainte à l’exil. À 19 ans, Félix Tshisekedi suit son père dans la province du Kasaï dont ils sont originaires et trois ans plus tard, il s’envole pour la Belgique. Là-bas, il suit des études de marketing et de communication, dont il se prévaut d’un graduate lorsqu’il enregistre sa candidature pour l’élection présidentielle. Un diplôme qu’il n’a jamais obtenu, selon la presse belge, ce qui avait provoqué un scandale et menacé sa candidature d’invalidité.

● Contesté dans son propre parti

«On lui a reproché son rapprochement avec Kabila»

Thierry Vircoulon, chercheur associé au Centre Afrique Subsaharienne de l’Ifri.

Qualifié de «fils à papa» dans les couloirs de l’UDPS, Félix Tshisekedi a dû lutter pour s’imposer au sein de son propre parti, quand la mort de son père laissait un vide politique. Les cadres du parti n’ont pas accepté facilement le fils que leur leader n’avait pas adoubé. Sa politique n’était pas acceptée de tous: ses efforts de conciliation tranchent avec l’intransigeance de son père. «Les controverses ont porté sur sa gestion à partir de 2016. On lui a reproché son rapprochement avec Kabila», explique Thierry Vircoulon, chercheur associé au Centre Afrique Subsaharienne de l’Ifri.

● Un vainqueur inattendu

«La surprise Tshisekedi», titre le site congolais Afrikarabia: personne ne croyait en la victoire de «Fatshi» il y a en encore quelques jours. Le dauphin de Joseph Kabila, l’ancien ministre de l’intérieur Emmanuel Ramazani Shadary, avait bénéficié de moyens énormes durant sa campagne, qui n’ont visiblement pas suffi à le porter à la tête de l’État.

● Soupçonné d’avoir négocié son élection

Martin Fayulu, l’autre opposant donné vainqueur dans les sondages, dénonce un «putsch électoral» organisé par l’UDPS et le clan Kabila. Dès avant les élections, Félix Tshisekedi rencontre le président sortant. Ces réunions se poursuivront pendant les décomptes des voix. De son côté, Emmanuel Ramazani Shadary, le candidat du Front commun pour le Congo – le parti de Joseph Kabila – n’a pas contesté la victoire. Reste que le leader de l’UDPS a tendu la main au président sortant: «nous ne devons plus le considérer comme un adversaire, a-t-il déclaré, mais plutôt comme un partenaire de l’alternance démocratique dans notre pays». Il est encore trop tôt pour affirmer ou infirmer la théorie d’une entente entre Joseph Kabila et Félix Tshisekedi, mais pour Thierry Vircoulon, cette victoire ressemble beaucoup à un «résultat de compromis, qui donne l’apparence d’une transmission de pouvoir».

Félix Tshisekedi

● Il est né à Kinshasa le 13 juin 1963

● Il est surnommé Fatshi, abréviation de ses trois noms Félix Antoine Tshilombo

● Son père, Étienne Tshisekedi, a fondé le parti d’opposition UDPS en 1982

● Il part pour la Belgique en 1985

● Il devient chef de l’UDPS en mars 2018

lefigaro.fr

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