Macron souhaitait un report court, Merkel un report long. L’Allemande l’emporte. Le Brexit s’éloigne jusqu’au 31 octobre… Aura-t-il seulement lieu ?

Ce ne serait pas la première fois qu’un référendum passe par pertes et profits en Europe. Presque trois ans après celui de juin 2016 qui a décidé du retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne, les Britanniques s’apprêtent, selon toute vraisemblance, à participer aux élections européennes du 23 au 26 mai (on ne vote pas tous le même jour). Situation ubuesque s’il en est. Angela Merkel a imposé sa ligne douce, hier, au Conseil européen. Avec la complicité de Donald Tusk, le président du Conseil, qui plaidait pour un délai d’un « an flexible », et les autres dirigeants PPE, la chancelière a peu à peu eu raison des résistances françaises. Emmanuel Macron s’était en effet imposé comme le chef de file d’une ligne dure (report court avec conditions strictes), embarquant avec lui les leaders des pays libéraux (le Luxembourgeois Bettel, le Néerlandais Rutte et le Belge Charles Michel).

Sa position, Macron l’avait exposée en arrivant au Conseil en fin d’après-midi. « Rien n’est acquis », affirmait-il, d’un coup de menton, en s’agaçant d’une « rumeur » selon laquelle un report long était déjà acté avant même la réunion. Le chef de l’État français affirmait avoir les « idées claires » autour de « quelques principes simples ». « Ça fait trente-quatre mois que le référendum s’est tenu, constatait-il. La clé pour nous, c’est que le projet européen soit maintenu dans sa cohérence et puisse se poursuivre. […] Et donc, ce qui est indispensable, c’est que rien ne compromette le projet européen dans les mois à venir. Nous avons une renaissance européenne à conduire ; j’y crois très profondément et je ne souhaite pas que le sujet du Brexit vienne nous bloquer sur ce point. Le deuxième principe […], c’est de respecter les choix démocratiques. Le peuple britannique a décidé de quitter l’Union européenne ; je regrette ce choix […] mais il ne nous appartient pas de le contester, d’y revenir, ou en quelque sorte de tout faire pour qu’il ne soit pas appliqué. Et donc ce respect démocratique doit présider à nos décisions. […] Le troisième principe, c’est un principe de clarté. Le temps des décisions est maintenant. Nous avons négocié pendant deux ans un accord de retrait, beaucoup de temps a été donné. Il faut maintenant venir aux décisions. »

Merkel vit sur Vénus, Macron vit sur Mars

Par un hasard malicieux, Angela Merkel est arrivée presque au même moment et, se tenant à quelques mètres du Français, elle entonnait devant les journalistes allemands un autre couplet. Pour elle, il fallait au contraire se montrer « ouvert » et « constructif » vis-à-vis des Britanniques pour « préserver la relation à venir ». Que les Britanniques se préparent aux élections européennes était perçu par la chancelière comme une très bonne chose, car cela conforte le fonctionnement des institutions européennes. Là où Macron voit au contraire, dans la participation des Britanniques aux décisions de l’UE, un risque majeur de trouble à la bonne marche de l’Europe… Merkel avant cela avait rencontré les instances dirigeantes du PPE (les démocrates chrétiens auxquels la CDU-CSU appartient) et avait confié : « Je ne comprends pas la rationalité de Macron. Plus on donnera de temps aux Britanniques, plus ils sortiront vite. » Pour résumer, Merkel vit sur Vénus, Macron vit sur Mars.

Et Vénus l’a emporté : Theresa May – qui ne réclamait qu’un report au 30 juin – se voit accorder un délai flexible jusquau 31 octobre. Si, par miracle, elle parvenait à faire approuver l’accord de retrait par la Chambre des communes avant le 22 mai, elle pourrait annuler les élections européennes au Royaume-Uni. Sinon, les eurodéputés de Sa Majesté seront de retour à Starsbourg ! Et ils jouiront de la totalité de leurs droits. Donald Tusk avait préparé une clause dans les conclusions selon laquelle les Britanniques devront « agir d’une manière constructive et responsable durant la période d’extension » et faire preuve d’une « sincère coopération ». Un vœu pieux ? Les Britanniques ont toujours fait preuve de roublardise, c’est à ce jeu qu’ils sont d’ailleurs les meilleurs sur la scène européenne…

Macron ne souhaitait pas que les Britanniques interfèrent avec les décisions que l’Union européenne va être amenée à prendre quant à son avenir. Il n’a eu qu’à moitié gain de cause. La date butoir du 31 octobre a été arrêtée afin que le Royaume-Uni ne puisse pas peser sur la négociation du prochain cadre financier pluriannuel (2021/2027) qui se décide à l’unanimité. Les Britanniques auraient pu tout bloquer. En revanche, ils pourront, au Parlement, peser sur les équilibres politiques des groupes et donc voter pour le prochain président de la Commission. Cela signifie que le Labour peut renforcer les sociaux-démocrates et que le Ukip peut renforcer les groupes eurosceptiques. Quant aux conservateurs, on n’ose plus s’aventurer à prédire leur comportement… En outre, dans les traités, les députés européens sont élus pour cinq ans et non pour six mois… Juridiquement, il y a un risque d’installer beaucoup plus durablement le Royaume-Uni au cœur des institutions européennes.

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